Rodolphe Pingeon, un coup de nageoire

–  Rodolphe Pingeon ! Tu te souviens ? Il occupait le bureau 113, celui où se trouve Nathalie maintenant…

– Non, j’vois pas…

– Mais si ! Il était rattaché au service du contentieux… Un type mal dans sa peau.

– Non, faux… Il occupait une fonction de conseil à la direction du marketing auprès de Florian… Ce faux-cul.

– Pas du tout, au départ, il a été engagé pour je ne sais quoi… Directement attaché à Mizard, le grand patron… On se croisait en réunion… Silencieux, il lui glissait des papiers ou quelques phrases silencieuses au creux de l’oreille. Une sorte d’éminence grise…

– Vous déconnez… On n’a jamais su ce qu’il faisait… Un poisson en eau profonde… Un type fonctionnant hors organigramme… Il arrivait le matin avec ses dossiers sous le bras pour repartir le soir sans avoir dégosiller un mot…

– Tu te souviens à la cafeteria ?… Il mangeait seul… Toujours tiré à quatre épingles… Tsss… Un balai dans le cul…

– Quel bordel cette boite ! Personne ne sait qui fait quoi… Aucune fiche de poste… des salaires à la foutraque… de la promotion à la tête du client… Et puis, on s’en fou. Tu sais ce qu’il est devenu ?Il a été viré.… Tout au moins, c’est ce que je croyais… C’était il y a onze mois après une année de placard et une dépression longue durée… pftt… disparu… A la fin il ressemblait à une ombre dans un costume trop grand… On le voyait errer sans fin dans les couloirs entre la machine à café et son bureau aveugle…J’en ai parlé au CHSCT… Quand j’ai évoqué son nom, ils ont plongé le nez dans leurs dossiers provoquant un malaise palpable dans la salle de réunion… J’ai fouillé dans les cahiers du personnel quand Nadine avait le dos tourné… Ben, c’est là que ça devient bizarre. Il fait toujours parti du personnel. Il touche sa paye, tous les mois, comme de juste… mis en disposition…

– ça n’a pas de sens…

– Son nom sent le souffre… Il doit posséder des informations sensibles… Ou être soutenu par les syndicats de la maison…

– C’est lui qui a sauvé la boîte et les emplois au moment du rachat par les chinois. Il a été de toutes les négociations. Il plaisantait avec eux, jouait des parties de maj-hong après les soirées au restaurant. Il servait de nounou pour cadres ivres en manque de femmes, surexcités par les frasques de la capitale. Un génial VRP, vous pouvez me croire

– Ben, justement. Je l’ai croisé, hier… Au jardin des plantes… Il tournait autour du bassin aux carpes en se pendant vers la surface de l’eau tout en chuchotant « Gaspard, Gaspard… » Je pensais que c’était un zinzin. Il m’intriguait. Je l’ai reconnu à sa façon raide de marcher, une patte folle, des lunettes de soleil sur l’extrémité de son nez sur le point de tomber.

– Non ?… Tu lui as parlé ?

– Il bégayait en se ratatinant d’entre les dents : « Gaspard !!? Ben, c’est mon poisson rouge. Il ne supportait plus la solitude de son bocal. Je viens ici tous les jours voir si il ne lui manque rien. »

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onze fois trois trente-trois : portraits

onze fois trois trente-trois | la proposition à partir du « Journal » d’Edouard Levé :

Mathilde attendait son amant à l’angle de la rue du faubourg Saint-Antoine et de la rue Faidherbe. Ils s’étaient rencontrés sur internet deux semaines auparavant et ne se quittaient plus. Il n’avait fait aucun commentaire sur son bras se terminant par un moignon.

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Rodolphe maugrée au volant de son camion repeint en vert pomme, lissant de sa main sa barbe de Hipster. Son banquier refuse de lui faire un prêt pour lancer son entreprise d’agriculture urbaine. Son kiff à lui, c’est la permaculture avec ses potes de guérilla verte.

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La vieille pose une écuelle au pied de la table pour Titine, son Yorkshire affublée d’un nœud rose. Comme chaque année son fils unique a oublié de l’appeler pour lui souhaiter un bon anniversaire. Attablée devant un pouilly fumé elle allume une Dunhil international rouge avec son briquet Dupont en or massif, et inspire.

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gerard borel yorkshire

Des collègues passent devant et s’étonne de sa présence. Un sourire ironique plaqué au visage, il passe sans rien dire les yeux rivés de son Smartphone en répondant aux septième texto de sa femme qui a demandé le divorce. Six mois qu’il est placardisé sans travail ni relations sociales.

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Hernán Piñera THIS CAUGHT

 

De longs cheveux roux coiffent le long corps androgyne d’Ilena qui va vers ses quatorze ans. L’adolescence est une saison cruelle qui dure bien plus longtemps qu’un été. Elle traverse l’avenue sans crier gare plongée dans la lecture d’un roman de Nabokov.

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Steve McFarland beach reading

Il venait de la demander en mariage le matin même en lui offrant une bague sertie d’un rubis. Depuis, elle accumulait commentaires et clics affectueux sur son profil Facebook annonçant la nouvelle. Elle admirait la pierre quand l’accident se produisit.

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bDom – artiste – www.bdom.info 2017 – Bague « solitaire »

Il raffole de la cuisine épicée du Sichuan, sa région de naissance. Pour le moment, il astique sa berline au pied de la tour, vérifie le stock de bonbons et les bouteilles d’eau. Son prénom veut dire « attend la fortune » et ça fait longtemps que Chaoxiang attend.

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WickedVT Uber

« J’suis un Melanchonniste repenti, cette fois-ci j’ai voté PS. Pas facile, je parle pas de la droite, dans mon bureau, il y avait douze listes, gauche ou verte, de la quantité mais pas obligatoirement de la qualité. Ce qui manque au fond c’est un front radical avec un vrai leader pour réformer ce pays. »

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Yann Beauson Marche pour la VIème République

Les anabolisants et l’entrainement quotidien à soulever de la fonte ont fait d’Andréï une montagne de muscles. Il aime sa femme d’une tendresse infinie. Quand il les a découvert dans le lit conjugal, il a étranglé méthodiquement et sans réfléchir l’amant de sa femme.

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Nick Thompson Laocoön IV

Elle me caresse les fesses et me dit : « on dirait des petites dunes ». Nous nous sommes rencontrés dans une cabane à huitres du bassin d’Arcachon. Elle joue avec les vertèbres de ma colonne vertébrale comme autant de marche à gravir pour atteindre le haut de la dune du Pilat.

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Carlo Scherer… dune de pillat in BW

« Je m’appelle Didier Ménard. » Le commissaire saisissait machinalement la déposition en frappant le clavier de ses deux doigts. « Je paye mes impôts et les traites de la maison ; j’aime ma femme et mes enfants ; mais ce soir, j’ai peur. »

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Westfalen BLOG Keyboard (DELL)
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Une phrase, une vie… 

proposition n°3 :

et si d’une seule phrase on explorait toute la complexité d’un personnage : tout Mauvignier en une seule phrase

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toi, quand tu la vois, tu ne sais pas quoi faire, juste lui prendre la main et attendre ; elle ? elle continue : suivre les chiffres, point à point, l’un après l’autre, tirer un trait avec son crayon de bois, hésiter, relier le chiffre suivant, enchainer les petits traits, se perdre sur le bord de la page, attendre que le temps passe, reprendre au dernier point et tirer un trait de plus, se ratatiner dans son coin à scruter le papier imprimé, ne pas savoir ce que c’est (chaque page du cahier est composé d’un nuage de points, jusqu’à 1828 vante la brochure dans un bref texte introductif), au début, elle suivait la consigne, n’en oublier aucun, maintenant le trait disparaît, la forme s’évapore, des nuages de chiffres restent orphelins, inachevées ; sa concentration est aléatoire, son corps fléchit, elle s’assoupit au-dessus du cahier ouvert, tête baissée, cheveux blancs défaits, bouche entr’ouverte, chassant une mouche de la main, comme un mauvais rêve : que reste-t-il de ses souvenirs ? des idées en vrac, la vieillesse, une pensée en miette, le patch posé le matin sur l’épaule dont elle a oublié l’existence, des médicaments par poignée, la maladie qui s’installe depuis des années, le mari qui voit sa femme partir à la dérive, le cerveau en apnée proche de l’asphyxie, le cortex qui se recroqueville, l’hippocampe, cheval fou, qui dégringole marche après marche, les mots qui s’effacent, la langue qui s’appauvrit, le silence qui s’impose face au vocabulaire restreint, la mort sociale comme pâle reflet du monde extérieur, bientôt la mort tout court ; et puis le bruit d’un gargouillis, le réveil, brutal, entre deux siestes, un sourire dans une bouche édentée surmontée d’une paire d’yeux bleus translucide dans un visage fait de ravines et de rides, elle reprend mollement le dessin sans un mot, avec un nouveau point, indépassable horizon entre le lit et la table ; tu le sais bien, toi : un geste désigne les choses, un doigt pointé indique un besoin immédiat, un raclement de fond de gorge est un rappel à l’ordre, insistant, avec de la dureté dans le regard, tout d’un bloc pour imposer sa mauvaise humeur, attendant d’être servi dans l’instant, alors tu lui dis : « oui, maman, j’ai compris, je t’amène un verre d’eau, il fait si chaud aujourd’hui », puis elle reviens dans le train-train quotidien qui insupporte son mari ; son mari ? il est sorti, comme souvent, pour ne plus subir le huis clos de la maladie dont il ne veut plus prononcer le nom, « cette saloperie » qu’il dit quand il se fâche contre les clés oubliées sous un coussin, les lunettes cachées de peur d’être volée, les épluchures de poire dissimulées dans un placard, la merde sur la lunette des toilettes, la culotte sale à changer, la déchéance du corps, la jalousie maladive, alors il n’en peut plus, sort dans le jardin, va faire des courses au supermarché, bricole dans le garage, reste actif, parle à son psychiatre, échange avec d’autres « aidants »  comme ils se nomment, appelle ses enfants au secours, retarde le moment pour rentrer et ne pas être avec sa femme ; mais il revient toujours, toujours il revient, par devoir, par amour, pour leurs soixante ans de vie commune, intime, faite de haut et de bas, pour l’au-delà aussi, il lui propose de jouer aux cartes, à la crapette, pour lui faire plaisir, elle a toujours aimé ça, même si, lui, il n’a jamais aimé ça, même si elle ne connaît plus les règles, même si les règles sont devenues fantaisistes au fil des parties, même si la vie n’a plus de sens, même si le jeu n’en vaut plus la chandelle, il se désole de ne plus avoir de conversation avec elle, prend soin de son quotidien et la regarde sourire, parle à sa place dans un long monologue où il pose les questions tout en donnant les réponses, dans un va-et-vient monotone, « c’est dur, mais c’est ma femme » comme il dit dans un état de résignation grandissante ; depuis toujours elle se plaignait de perdre la mémoire, personne ne s’en inquiétait, c’était léger comme la vieillesse débutante dans la fleur de l’âge où chacun a le droit à ses faiblesses, cela ne durait jamais longtemps, elle s’occupait de ses petits enfants des vacances, faisait la cuisine à ses enfants du week-end, de son mari à chaque instant, tu te souviens des prémisses, elle accusait ton enfant de voler tout à un tas de choses : crayons, lego, cartes, tablettes, babioles… elle disait ça jusqu’à fouiller dans ta valise quand tu venais leur rendre visite pour vérifier que rien ne manquait, cela provoquait des tensions, tu la rejetais et puis tu revenais ; et puis il y a eu les premiers examens avec des résultats incertains, le temps faisait son œuvre, on se voilait la face, et puis d’autres encore, arrivèrent les premiers traitements et l’apprentissage de la maladie entre déni et réalité, des exercices pour entrainer son cerveau, des allers-retours à Lille dans un service spécialisé pour vérifier l’avancée de la maladie, les premiers après-midi à l’hôpital de jour, la longue glissade vers un nouveau quotidien, à cette époque-là, elle était consciente de la progression du mal, oui, tu t’en souviens, c’était il y a cinq ans à peine, peut-être un peu plus, elle savait qu’elle perdait la tête, tu voyais bien à son visage qu’elle en souffrait de ne pas savoir à quoi se raccrocher, de connaître la trajectoire finale, de comprendre la ligne de fuite, inéluctable, de passer de conscience à inconscience, elle ne pleurait pas, n’en parlait pas, souriait, embrasser comme elle le faisait avant, comme elle le fait encore aujourd’hui, chaque matin, même si elle a des doutes sur qui tu es, elle vient vers toi et pause un baiser sur le front, un signe de tendresse tout en riant comme une mauvaise blague, ou propose sa joue, ou caresse la tienne, dans un geste de tendresse infini ; à chaque fois tu es mal à l’aise comme si ce mouvement concentrait toute la violence animale de sa mémoire, comme si ce baiser était le dernier lambeau de sa conscience, comme si par ce geste elle gardait le lien avec le moment magique de l’enfance, de l’amour, de la conception et de la grossesse, comme si par ce geste, la mémoire restait définitivement intacte, le rituel dure toute la matinée, elle s’approche en souriant puis t’embrasse, elle oublie et recommence quelques heures plus tard, et te dis : « t’as bien dormi ? » avant de s’installer dans sa chaise, ou un fauteuil, et reprendre son cahier à dessins ; à table se joue une nouvelle comédie, tu te souviens, enfant, elle t’obligeait à manger une ratatouille de sa composition, acide, des endives au four sans saveur, de la laitue cuite accompagnée de lardons, des artichauts à la vapeur ou des pommes de terre en robe de chambre, désormais c’est elle qui fait l’enfant, repoussant sur le rebord de l’assiette les aliments de couleur verte, triant avec les doigts, trainant devant son assiette comme quand enfant tu refusais de manger, au final elle relègue au fond de sa poche dans un mouchoir en papier les aliments qu’elle refuse de manger laissant devant elle une assiette vide en fin de repas ; tu l’as quitté ce matin pour reprendre un train, retourner à ton quotidien, tu sais bien que la prochaine fois elle sera un peu absente, qu’elle ne te reconnaitra pas et dira à son mari : « c’est qui ce monsieur ? », à moins que l’histoire aille en s’accélérant et qu’elle ne reconnaisse plus non plus l’homme qui chaque soir se couche à ses côtés, qu’il soit obligé de la mettre dans une maison spécialisée et que tu sois obligé d’écourter la visite, refermant doucement la porte derrière toi, car elle sera trop fatiguée ;

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Triptyque métropilitain

La proposition de françois Bon : dans le métro ce matin

L’homme, le teint pâle, dort sur un parapet couvert de carreaux blancs, entre des sièges métalliques bleus et l’escalier permettant d’accéder aux autres lignes de la station République. Il ressemble à ces gisants que l’on croise dans les bas-côtés des églises. Les voyageurs font un détour pour ne pas s’approcher du corps allongé. D’un seul coup, il se lève les yeux exorbités, visage mangé par une barbe hirsute, lance à la volée, balançant les bras de droite à gauche : « C’est dimanche ; faut me laisser tranquille ; c’est dimanche ; j’suis allé à la messe comme tous les dimanches ; je m’repose ; barrez-vous ! Tous ! » Il toise les voyageurs ; fait un pas en avant ; avance vers nous ; change de direction ; moment de stupeur ; il s’approche de la fosse ; mon fils a peur ; lâche un crachat sur les voies avant de retourner religieusement à sa place.

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On les repère de loin les endimanchés de province. Ils se déplacent en bande pour la foire de Paris, le salon de l’auto ou celui de l’agriculture (à ne pas confondre avec les supporters sportifs braillards qui envahissent le métro tel une nuée de sauterelles les soirs de match). L’accent et le besoin de tout commenter les trahissent plus que leur façon de pointer du doigt chaque station sur la ligne de métro. Leurs conversations joyeuses offrent une note d’exotisme dans le train-train quotidien du parisien. Chaque fois je les épie, devinant les objectifs de leur visite. Les derniers croisés couvaient du regard leur fille, reçue au baccalauréat et inscrite en histoire à la Sorbonne, cherchant à se rassurer en parcourant le trajet qu’elle devra prendre toute l’année durant entre son logement et les locaux de l’université.

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Dans les couloirs de Nation, sur le quai de la ligne 9, une petite fille s’agite dans les jambes de sa mère ; quémande un bonbon ; exige le Smartphone pour jouer à entasser des billes de couleurs ; cherche dans le cabas un paquet de gâteau ; hurle quand sa mère lui arrache des mains ; tire la langue ; glisse entre ses jambes pour former un poids mort ; cogne du pied ; commence à geindre ; fait la grimace ; hésite avant de fouiller à nouveau dans les affaires de sa mère. La femme se baisse et met une fessée. Personne ne cille. Le métro est à quai.

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Cocon livresque

Proposition  « On ne pense pas assez aux escaliers »

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Je me souviens gravir à pas lent ce long ruban de moquettes qui faisait office autant d’escalier que de rampe d’accès aux salles de lecture ; à flâner devant les rayonnages des livres de philosophie, Al-Ghasali et Al-Kindi dont les écrits rayonnèrent sur tout le bassin méditerranéen, plutôt que de me rendre directement aux ouvrages à étudier ; à regarder l’ouverture des moucharabiehs métalliques pour évaluer le niveau d’ensoleillement ; à m’arrêter le souffle court et saisir un premier volume sur les plus beaux minarets de l’islam, puis un second, pour me retrouver en quelques minutes à la tête d’un trésor qui s’accumule à mes pieds. D’autres lecteurs sont dans la même situation, entre deux niveaux, assis perpendiculairement à la pente, des livres éparpillés autour d’eux, prenant des notes, concentrés dans leurs bulles de réflexions, l’ensemble formant une chenille humaine, s’enroulant autour de l’axe central vide d’ouvrages, laissant un passage au visiteur pressé. Je venais chaque jeudi après les cours à l’institut d’art et d’archéologie rue Michelet où je suivais des cours de sur l’art islamique des premières années de l’hégire. L’escalier de la bibliothèque de l’Institut du Monde Arabe était en quelques sortes le prolongement naturel de l’amphithéâtre, entrecoupé du sas de la rue et de ses transports en communs pour rejoindre la rue des Fossés Saint-Bernard. Ma découverte du lieu alla de pair avec l’étude de la grande Mosquée de Samarra, ou mosquée al-Mutawakkil dont le minaret en spirale hélicoïdale composée d’une rampe en spirale à 5 étages le fait culminer à 54 mètres de haut, ruban de briques cuites. Je m’imaginais gravir le sommet en feuilletant les ouvrages d’architecture, levant rarement la tête pour observer le va et vient silencieux des visiteurs dans cet escalier sans marches.  Studieux, je restai là entre deux niveaux pendant un bon trimestre pour prendre des notes et lire les chapitres qui m’importaient, sans prendre le temps d’explorer plus avant les étages supérieurs. Cela aurait pû durer longtemps si je n’avais pas croiser du regard un joli profil pâle surmonté de cheveux blond et sage. Je l’abordais, faux ingénu, pour lui demander son avis sur les céramiques artisanales de Samarcande et de ses monuments. J’en avais assez de ce cocon livresque, de la verticalité des minarets, de ce mélange de papiers et d’aciers, de la moquette défraichie et des moucharabiehs en panne. La magie des premiers temps était flétri ; alors que la vie s’ouvrait à moi. Je lui proposais de boire un thé à la menthe sur le toit, une façon de sortir de cette bibliothèque d’entre-sol et de profiter de la lumière zénithale de la jeunesse.      

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