Ambulatoire

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Des masses vertes aux contours flous : herbe coupée, mélange de conifères et de bouleaux, un cerisier et un pommier. Domaine fermé, un cocon. Chaque arbre à sa place. Un jardin immense pour l’aventure donnant sur une cour d’asphalte pour nos vélos et trottinettes, Pour garer la voiture aussi, une Volvo jaune soleil, à courir autour jusqu’à perdre haleine. Un sentiment de protection absolu dans cette maison cachée derrière ses murs et sa haie de troènes. Portail ouvert. Des courses à faire. Un voyage ordinaire avec pour paysage une transition : champs gras en labour, prés verts et tâches blanches, ensemble de maisons et de petits immeubles dans les faubourg, rectangles gris ou rouge, imaginé plus que vu, les yeux collés à la vitre, rêverie intérieur, sans aspérité, fondu dans l’espace. Ma mère au volant, se faufilant vers un parking du centre ville. Traitement cathartique de l’opticien, prévenant, professionnel, ajustant ma première paire de lunettes. La découverte du monde : découpage des surfaces, netteté du comptoir, alignement des montures, sourire du vendeur, ses mains manucurés à la peau nervurées, moi dans la glace, reflet net à l’infini. Le choc. L’étonnement. Les yeux bleus profond de ma mère souriant. Le poids de la prothèse. Ajustement. Le retour à la maison comme une fête : la lecture à haute voix des slogans publicitaires accrochés au mur vantant des produits de la grande consommation, le pas pressé des passants le long des trottoirs, la jointure du mortier entre chaque brique rouge des maisons d’ouvriers visible à l’arrêt, les reflets scintillant de la carrosserie des voitures, le portail du cimetière et sa croix en béton rehaussé, les magasins aux vitrines arrangées, le relief des labours, formant des vagues régulières, mélange de glaise, d’argile et de craie, les derniers mètres avant l’arrivée avec les vaches aux tâches noires et blanches ruminant, mouvement en accord avec le regard, faire l’expérience continue d’enlever et de remettre ces lunettes de myopes. Ignorant des contours du monde, découverte d’une autre réalité, yeux fermés retrouvant mon jardin intérieur et ses secrets. A l’arrivée, mes sœurs regardant le petit garçon affublé de ses  binocles, mangeant son visage qui découvre la profondeur de champ, à courir de joie, dans tous les sens.

 

Atelier d’écriture avec François Bon Hiver 2016, le mouvement sans verbe.
Jeu de contraintes :
des phrases sans verbe conjugué
Une impression de mouvement
un seul paragraphe
un scène de l’enfance
avec 5 à sept figures identifiables en discontinuité dans une logique de montage « cut »
Photo  Certains droits réservés par Jeff Kubina
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