Il y a la planète dans le reflet de tes yeux

Il y a ce soleil de novembre qui perce au travers de la fenêtre et réchauffe l’âtre de la cheminée.

Il y a ce bureau en palissandre sur lequel je passe mes journées à travailler tout en écoutant Yann Tierssen au piano

Il y a ce goût de cendres quand mon regard croise l’actualité où l’on nous exhorte à suivre la bonne direction

Il y a ces documentaires qui disent que la terre se réchauffe un peu plus chaque jour,

Il y a ces articles qui nous donnent encore deux décennies d’accalmie

Il y a cette rencontre où nos doigts se sont croisés quand le TGV filait vers le sud

Il y a ce bonheur de se sentir aimé et de se laisser aller à la douceur de l’hiver

Il y a la réalité où l’on voit les plantes fleurirent deux fois l’année

Il y a les catastrophes naturelles là-bas au loin qu’on oublie dès le dos tourné

Il y a ces migrants de l’eau et de la guerre qui se jettent à la mer faute de ne pouvoir se sauver

Il y a les finances des paradis fiscaux qui spéculent sur les dérèglements du moment : matière première et armement

Il y a ce premier baiser qui en a entrainé d’autres et me fit croire au paradis

Il y les bonnes et mauvaises récoltes annonciateurs de vents mauvais

Il y a cette année 2016, la plus chaude connue 1,2° degrés de plus avant l’époque préindustrielle

Il y a le ici et maintenant quand nous nous sommes promis de ne plus nous quitter

Il y a le temps qui file et que rien ne retient

Il y a la pluie qui arrive enfin, à gros bouillon, emportant tout sur son passage

Il y a les inondations annoncées où voitures et maisons sont emportées par un torrent d’eau et de boue

Il y a les promesses des politiques qui annoncent des lendemains radieux ou de l’austère austérité pour relancer croissance, travail et félicité

Il y a les nouveaux barbares, populistes et terroristes, qui jouent sur nos peurs

Il y a Trump aujourd’hui, Brexit hier, Poutine en Russie et Xi Jinping en Chine

Il y a ces dirigeants qui jouent aux apprentis sorciers, aidés par leurs conseillers

Il y a le silence apaisant de nos corps nus dans ce grand lit aux portes de la mer

Il y a nos odeurs qui se mélangent, parfum d’espoir et ivresse d’un futur

Il y a la mer qui efface nos pas sur le sable, nouvelle étendue vierge

Il y a la banquise qui réduit comme peau de chagrin

Il y a cet ordinateur qui me permet d’écrire et de diffuser mon message au monde entier

Il y a ces réseaux qui nous font croire à une grande communauté intereliée

Il y a les GAFA et les licornes qui inventent de nouvelles formes de prolétariat

Il y a l’immédiateté, l’instantanéité des marchés boursiers du trading à haute fréquence

Il y a toi quand nous nous sommes croisés la première fois à la terrasse d’un café

Il y a le pharmakon technologique, poison et remède, qui est la source d’utopies ambigues

Il y a la nature qui se rebelle et qui signera la fin de l’homme

Il y a cette longue discussion durant le chemin du retour

Il y a la possibilité de changer, de donner du sens, de revenir à l’essentiel

Il y a la planète dans le reflet de tes yeux qui me donne envie de me battre encore un peu

Quelques degrés avant la fin du monde, mon amour, tes vêtements seront un fantôme d’os qui blanchiront au soleil de mai si rien n’est fait.

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