Orphée de retour de l’enfer

Dans sa poche, deux boeufs. De quoi soudoyer Charon. De lui glisser la pièce. Le long de la route, il me faudra aussi envouter de ma musique les ombres mortes qui filent vers l’enfer. Le chemin du retour est plein d’espoir. Le plus dur est fait. J’ai vaincu la mort. Hadès me l’a rendu. Sous la voute ma voix porte au loin et je peux te parler Eurydice. Nous allons pouvoir reprendre notre conversation là où elle s’était arrêtée. Avant que le serpent ne t’ai mordu.

– Pourquoi es tu partie danser dans les jardins pieds nus et cheveux au vent ? Tu sais bien que ce sont des lieux de tentations. Mais non, tu en as fait qu’à ta tête de linotte, nymphe que tu es.

Orphée entend le pas imperceptible d’Eurydice. Il est aussi léger qu’une plume, un souffle sur le sol. Pourtant, une colère sourde monte des entrailles du poète. Elle pue la jalousie et l’incompréhension.

– Sais-tu que le serpent dans d’autres religion est le symbole du péché ? As tu péché Eurydice ? C’est la jalousie qui parle en moi. Elle forme un poison puissant. Elle circule dans les veines et chauffe le sang. Je pourrai tuer pour ça. Tu ne me répond pas ? Te sens tu coupable ? Allons Eurydice. Je te pardonne. Les Dieux de l’Olympe inventent des tas de pièges mortelles pour tester la bravoure, la vacuité des demi-dieux. Puisque c’est ce que je suis en quelques sortes. Enfin ! Peux tu me dire ce qui t’as pris ?

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Le tunnel se ressert en boyau. On peut sentir le corps chaud et caverneux des profondeurs de l’enfer. Ce boyau est un corps fait de chairs et de sangs. Une lueur au loin forme un chenal, un but lointain.

 

– J’ai croisé en venant un poète italien, Dante. Lui aussi est descendu en enfer. Il m’a raconté chaque cercle concentrique, les tourments et la violence apaisante, la turpitude et l’opprobre, le dégout et l’envie, la lubricité et la bestialité. Il m’a raconté un bestiaire tordu en de flammèches ardentes.  Et toi ? Tu serais restée blanche ? Innocente ? Immaculée au fond de cette nuit d’effroi ? Je n’arrive à croire à ce miracle. Hadés t’aurai protégé de son pouvoir ? Tu lui rappelles peut-être le printemps et l’été avec tes cheveux blonds, folle que tu es !

Charon tire la barque. Le clapotis de l’eau donne une impression de calme. A y regarder de plus prés, l’air est infesté de souffre. Des papillons blancs virvoltent ; des âmes égarées qui ne trouveront jamais ni l’entrée ni la sortie. Ils sont voués à errer sans fin dans les couloirs de l’enfer. Orphie saute sur la rive, mâchoire serrée, rivant ses yeux à la sortie. Il n’a pas oublié la recommandation du maitre des enfers. La robe d’Eurydice effleure la peau tannée du passeur. Charon succombe.

– Connais-tu le rayon de la bibliothèque que l’on nomme l’enfer ? Non, bien sûr ! Il y a un auteur que je vénère plus que tout. C’est un marquis. Aucun de ses personnages n’est tout blanc. Même justine y prend plaisir. Alors encore une fois, je te pose la question, Avec qui m’as tu trompée ?

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Ils se rapprochent de la sortie. La dernière caverne ressemble à un mythe. Des hommes accrochés à des anneaux de pierre regarde la lumière au loin. Ils sont indifférents au passage des deux amants. Il reste quelques mètres quand Orphée se retourne et dit à sa femme : « Regarde-moi quand je te parle. » A cet instant, il compris à quel point la jalousie empoisonne la vie.

 

Photos : PaternitéPas d'utilisation commerciale Certains droits réservés par kwc

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