Triptyque métropilitain

La proposition de françois Bon : dans le métro ce matin

L’homme, le teint pâle, dort sur un parapet couvert de carreaux blancs, entre des sièges métalliques bleus et l’escalier permettant d’accéder aux autres lignes de la station République. Il ressemble à ces gisants que l’on croise dans les bas-côtés des églises. Les voyageurs font un détour pour ne pas s’approcher du corps allongé. D’un seul coup, il se lève les yeux exorbités, visage mangé par une barbe hirsute, lance à la volée, balançant les bras de droite à gauche : « C’est dimanche ; faut me laisser tranquille ; c’est dimanche ; j’suis allé à la messe comme tous les dimanches ; je m’repose ; barrez-vous ! Tous ! » Il toise les voyageurs ; fait un pas en avant ; avance vers nous ; change de direction ; moment de stupeur ; il s’approche de la fosse ; mon fils a peur ; lâche un crachat sur les voies avant de retourner religieusement à sa place.

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Nils Hamerlinck

On les repère de loin les endimanchés de province. Ils se déplacent en bande pour la foire de Paris, le salon de l’auto ou celui de l’agriculture (à ne pas confondre avec les supporters sportifs braillards qui envahissent le métro tel une nuée de sauterelles les soirs de match). L’accent et le besoin de tout commenter les trahissent plus que leur façon de pointer du doigt chaque station sur la ligne de métro. Leurs conversations joyeuses offrent une note d’exotisme dans le train-train quotidien du parisien. Chaque fois je les épie, devinant les objectifs de leur visite. Les derniers croisés couvaient du regard leur fille, reçue au baccalauréat et inscrite en histoire à la Sorbonne, cherchant à se rassurer en parcourant le trajet qu’elle devra prendre toute l’année durant entre son logement et les locaux de l’université.

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Dans les couloirs de Nation, sur le quai de la ligne 9, une petite fille s’agite dans les jambes de sa mère ; quémande un bonbon ; exige le Smartphone pour jouer à entasser des billes de couleurs ; cherche dans le cabas un paquet de gâteau ; hurle quand sa mère lui arrache des mains ; tire la langue ; glisse entre ses jambes pour former un poids mort ; cogne du pied ; commence à geindre ; fait la grimace ; hésite avant de fouiller à nouveau dans les affaires de sa mère. La femme se baisse et met une fessée. Personne ne cille. Le métro est à quai.

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